Par ces quelques lignes, je viens vous faire partager une de mes passions, une aventure, celle de la construction d’un bateau à Vouzeron.

plan1

Longueur : 5,90 m
Largeur : 2,20 m
Tirant d’eau : 0,28 m
Masse : 600 kg
Vitesse : 15 nœuds (environ 25 Km/h)
Catégorie de navigation : C
(6 miles d’un abri = environ 11 km)
Etat de la mer : 6 beauforts (vagues de 2 m)

De l’idée à l’aboutissement du projet :

Je naviguais depuis quelques années le long des côtes du Goëlo, en Côte d’Armor, sur un zodiac.
A la longue, il est devenu  trop usé. J’ai alors pensé à le remplacer.
Déjà, dans ma jeunesse, je réalisais des maquettes, surtout des bateaux. A la construction de mon arbre généalogique, j’ai découvert que de longue date, mes ancêtres Bretons étaient surtout des marins. De ces prédispositions, je me suis décidé à me lancer dans une nouvelle aventure, celle de la construction de mon propre navire, pour une durée d’environ un an.
J’ai appris dans mon environnement professionnel à définir et conduire des projets complexes, d’étude et de fabrication. Cette fois, j’allais l’appliquer pour moi-même.
J’ai commencé par prendre conseil auprès d’un ancien constructeur de navire charpenté en bois massif, qui d’ailleurs tenta de me dissuader de faire moi-même une telle réalisation.
Mais, comme tout Breton, cela m’encouragea ! Lors de nos rencontres, il me fit voir des plans et me confia quelques méthodes.  Je notais alors le nom de son architecte.
Initialement, je souhaitais dessiner le bateau. J’ai étudié les normes et écrit une spécification de besoin. En me plongeant dans la législation. J’ai aussi découvert qu’un navire ne peut être immatriculé par les affaires maritimes que si le plan provient d’un architecte.  Je ne pouvais donc pas réaliser moi-même les plans et je devais donc en rechercher un qui correspondait à mon besoin.

plan2

Je me mis en quête de découvrir, sur le web, le site de  l’architecte de mon conseiller. Je fis alors coup double puisque celui-ci proposait des plans de divers bateaux. J’ai finalement choisi d’acheter le dossier de définition d’un Koulmig, puisqu’il correspondait à mes souhaits.
De l’étude des plans et des nomenclatures, il a fallu définir, par projection, les pièces primaires et négocier et lancer les premiers approvisionnements. Pour le bois massif, celui de chênes de la forêt de Vouzeron fit l’affaire. Par contre, pour les cloisons et les bordées, qui sont en contreplaqué marin en bois okoumé, me suis adressé directement aux fabricants et suis allé charger moi-même la marchandise, soit en Normandie, soit en Vendée. J’ai utilisé de la résine bi-composants pour réaliser les collages et les joints, de la visserie en inox, l’accastillage et les équipements de sécurité.
Les outils utilisés sont ceux d’un bricoleurs : scie circulaire, scie sauteuse, ponceuse, perceuse,….
La réalisation commença par celle du bâti en simple contreplaqué, qui est venu  supporter la coque, alors construite à l’envers. Avant assemblage, les pièces sont imprégnées d’une résine bi-composants qui après polymérisation permet d’encapsuler le bois afin qu’il ne puisse plus avoir de contact avec l’eau. Des pièces plus complexes, comme l’étrave, le tableau arrière, la quille, doivent aussi être construites. Le tout assemblé, les interstices doivent être bouchées et rigidifiées par de la toile et de la résine. L’extérieur de la coque doit alors être stratifié sur toute sa surface (environ 20 m2) par la mise en place d’une  toile qui sera elle aussi imprégnée. Plusieurs phases de masticage et de ponçage deviennent alors nécessaires pour obtenir une surface parfaite.

Vient alors le moment de la naissance du bateau, qui correspond au retournement de la coque.
Cette opération a été réalisée par seulement quatre personnes. Tel un hamac, les quelques trois cents kilogrammes de la coque, accrochés par des palans au niveau de la proue et de la poupe , ont basculé doucement du bout de nos doigts.

article1

C’est aussi lors de la naissance d’un navire que l’on définit son nom, et que l’on demande son immatriculation aux affaires maritimes. Le bateau s’appelle le « Ar Gindi » . En Breton, « ar » correspond à l’article « le » tandis que « Gindi » est le nom de l’affluent navigable du Jaudy qui vient se jeter en mer, tout prêt du futur mouillage. Le long de ces cours d’eau, les villes de Plouguiel, Tréguier, Troguery étaient les lieux de vie de mes ancêtres.
Dés lors, j’avais l’impression d’avoir presque terminé. Mais une nouvelle phase commençait, toute aussi longue. Il fallait construire, les ponts, les coffres, les plats-bords et la cabine, puis peindre l’ensemble.
La construction a été réalisée dans mon garage. J’avais bien pris les dimensions, mais ne sait-on jamais ! L’ensemble allait-il en sortir et comment ? Mes voisins et notre épicier ont proposé leur aide. C’est en faisant glisser la quille sur des rondins de bois, et à la force de leurs muscles que le Ar Gindi sortit gentiment et fût hissé sur sa remorque. Un moteur d’une puissance de 25 CV fût installé quelques jours plus tard.

A la mi-juillet, j’ai convoyé le bateau vers Pornichet pour le faire vérifier par l’architecte.
Cette expertise, m’a permis d’obtenir le rapport de conformité qui est nécessaire à l’assurance.
Une estimation de la valeur du bateau y a été indiquée. Il semble bien que « l’huile de coude » d’un constructeur amateur soit appréciée puisque le montant indiqué correspond à environ cinq fois le montant des approvisionnements.
De Pornichet, le « Ar Gindi » a rejoint par la route son lieu de baptême « Plougrescant », à la sortie de l’estuaire du Jaudy.

article2

Le bateau a été mis à l’eau, sans festivité particulière avec angoisse, puis avec joie, voire avec fierté. Le projet se terminait avec succès. La flottabilité et le comportement du bateau étaient idéals.
Les premiers jours de navigation ont été consacrés aux essais et à quelques mises au point.
Le « Ar Gindi » a affronté graduellement la mer. Il est difficile d’exprimer le ressenti que j’ai eu lorsqu’en « mer forte » le bateau transperça les vagues sans que pour cela les paquets de mer viennent inonder le pont. C’était la démonstration que le bateau était bien conçu et aussi correctement fabriqué, puisqu’il a bien résisté. Ainsi, le « Ar Gindi » était qualifié pour être apte à la navigation.
Nombre de marins-pêcheurs et touristes se sont intéressés au « Ar Gindi, en me questionnant et en le photographiant. Du succès à la mer, il en avait décidément un aussi sur terre.
Durant l’été, les promenades et les sorties en pêche firent la joie et la fierté de notre famille Bretonne. Le Ar Gindi s’est aventuré au large des côtes du Goëlo et de Granit Rose, des Sept-Îles à celle de Bréhat.
Tout au long du projet, jeunes et moins-jeunes Vouzeronnais m’ont souvent rendu visite, aussi bien pour s’intéresser à chacune des étapes de la construction, que pour m’encourager. Vous vous reconnaitrez.
Vous m’avez aussi demandé de publier cet article. Par reconnaissance, j’accède à votre requête en joignant tout simplement quelques photographies.
Aussi, je tiens à préciser que de construire son propre bateau à Vouzeron ne relève pas de l’exploit, mais correspond seulement à la réalisation d’un projet atypique pour cette région. Une telle réalisation me paraît, dans bien des domaines, à la portée de beaucoup.

article3

Comme anecdote, tout dernièrement, un Vouzeronnais est venu m’offrir une casquette de marin.
J’ai trouvé ce geste sympathique et élégant, comme pour couronner l’aboutissement du projet. Merci Roland ! Merci à tous ceux qui m’ont encouragé tout au long de cette aventure. Aux quelques Bretons en exil à Vouzeron, je dis simplement « Yec’hed d’ho kosteziou ! Bevet breizh ».

Jean-Luc.Badoc